L’industrie forestière est confrontée, depuis le printemps 2005, à de nombreuses difficultés qui ont entraîné des pertes d’emploi considérables dans tous les secteurs. L’exploitation forestière a été durement touchée par ces turbulences, en perdant près de 41 % de ses emplois. Les usines de sciage ont aussi été affectées par la situation, ayant subi une diminution de 45 % de leurs effectifs. Dans le secteur du déroulage et du panneau, la diminution est tout aussi significative, soit 38 %. En ce qui concerne le secteur des pâtes, papiers et cartons, la réduction du nombre d’emplois a également été importante, étant donné qu’ils sont passés de 29 706 à 24 619, soit une baisse de 17 %.
Au total, le secteur forestier a donc perdu près du tiers de ses travailleurs depuis 2005, soit 22 003 emplois directs. De plus, selon les données du ministère des Ressources naturelles et de la Faune, environ trois quarts de ces pertes d’emplois seraient permanentes. La situation est très inquiétante d’autant plus que l’industrie forestière se retrouve loin des grands centres et qu’un grand nombre de municipalités sont mono-industrielles. En effet, on compte près de 119 municipalités dont la seule activité manufacturière est la transformation du bois (Commission d’étude sur la gestion des forêts publiques du Québec (CÉGFPQ), 2004) 1.
Le tableau suivant illustre cette situation
| Emplois 2005 | Emplois 2010 | Emplois perdus | Pourcentage (%) | |
|---|---|---|---|---|
| Exploitation forestière | 13 644 | 8 002 | 5 642 | 41% |
| Scieries | 17 882 | 9 747 | 8 135 | 45% |
| Déroulage et panneaux | 8 214 | 5 075 | 3 189 | 38% |
| Pâtes, papiers et cartons | 29 706 | 24 619 | 5 087 | 17% |
| TOTAL | 69 446 | 47 443 | 22 003 | 32% |
Source : Statistique Canada
Pourtant, dans un avenir très rapproché, plusieurs emplois seront à combler. Présentement, d’après les données des plus récents diagnostics sectoriels, les travailleurs œuvrant dans l’industrie ont en moyenne 48 ans. C’est donc dire que beaucoup de départs à la retraite sont à prévoir au cours des cinq prochaines années, tant en forêt qu’en usine. Par ailleurs, d’autres impondérables, dont la mise en œuvre du Plan Nord, pourraient attirer davantage de travailleurs vers le secteur minier. La pénurie de main-d’œuvre jumelée avec l’effet de la concurrence, pour obtenir celle disponible, sera plus forte que jamais.
Les analystes financiers prévoient une forte augmentation de la demande pour les produits forestiers d’ici la deuxième moitié de 2013. Qui plus est, la situation pourrait devenir encore plus critique. Le CIFQ évalue que plusieurs scieries fermées temporairement, et celles dont une partie de leurs activités avaient cessé, voudront sûrement profiter de cette reprise, ce qui pourrait également avoir un impact sur la disponibilité de la main-d’œuvre.
L’enjeu de la relève pour l’industrie forestière est de taille et plusieurs mesures devront être prises pour attirer de nouveaux travailleurs et maintenir ceux déjà en emploi. Les programmes académiques dédiés au secteur devront quant à eux être adaptés à la situation et devenir plus flexibles afin de répondre rapidement à la demande. Le CIFQ n’a d’autre choix que de s’investir dans ce dossier, afin que l’industrie forestière continue de créer de la richesse au Québec.
1 Commission d’étude sur la gestion de la forêt publique québécoise [CÉGFPQ] (2004). Rapport d’étude. Québec, Bibliothèque nationale du Québec, 314 p. [En ligne.] http://www.commission-foret.qc.ca/rapportfinal.htm