L'industrie papetière entend continuer d'améliorer ses performances environnementales, tout en poursuivant ses efforts pour atteindre une efficacité énergétique de plus en plus grande. Voilà le signal clair qu'ont voulu donner les représentants de l'industrie, au mois de novembre, en étant les premiers à signer un protocole d'entente avec le gouvernement fédéral, visant une réduction de 15 % de l'intensité des émissions de gaz à effet de serre (GES) du secteur, entre 2008 et 2012.
L'entente s'inscrit dans le Plan du Canada sur les changements climatiques, dévoilé en 2002. Ce plan demande à l'ensemble des grands émetteurs de GES (dont les pâtes et papiers) de diminuer leurs émissions de 55 millions de tonnes. Pour les papetières du Québec, cela pourrait représenter de 700 000 à 800 000 tonnes.
Lors de la signature de l'entente, le ministre des Ressources naturelles du Canada, Herb Dhaliwal, a reconnu la position de chef de file de l'industrie papetière dans la lutte aux changements climatiques. Le secteur papetier, en effet, n'a pas seulement été le premier à conclure une entente avec le gouvernement. Il est un de ceux qui ont le plus agi au cours de la dernière décennie : tout en augmentant sa production de 25 %, l'industrie a diminué de 22 % ses émissions de GES, entre 1990 et 2000. Cette performance dépasse largement la réduction de 6 %, visée par le Protocole de Kyoto. Pendant la même période, toutefois, d'autres secteurs industriels ont augmenté considérablement leurs émissions, et c'est pour atteindre son objectif global que le gouvernement demande un nouvel effort à l'industrie papetière.
Ce que représentera cet effort pour chaque usine québécoise n'est pas encore défini. Il reste à affiner l'entente cadre, avant de l'amener au niveau des entreprises pour la signature d'accords spécifiques. Chose certaine, chaque nouvelle réduction d'émissions favorisera en même temps une amélioration de l'efficacité énergétique des entreprises. Et vice-versa. Ainsi, c'est en diminuant leur consommation énergétique de 15 % par tonne de papier produite, depuis 1990, que les papetières québécoises ont pu réduire leurs émissions de GES jusqu'à la hauteur de 22 %.
Entre autres, ces résultats ont pu être atteints par une augmentation importante de l'utilisation de la biomasse et des liqueurs résiduaires, non émettrices de GES. Ces combustibles comblent aujourd'hui 36 % des besoins énergétiques des entreprises. De plus, dans six usines, les chaudières alimentent aussi une turbine qui produit de l'électricité (cogénération), ce qui augmente leur efficacité énergétique. Par ailleurs, grâce à un programme d'audit des centrales thermiques des usines, réalisé en 2000-2001, une foule d'améliorations ont permis d'optimiser les équipements.
Tout le potentiel de ce programme n'a pas été exploité, et il reste encore d'autres possibilités d'amélioration ailleurs dans les usines. Mais chaque niveau supplémentaire d'augmentation de l'efficacité énergétique et de réduction des émissions est plus difficile à atteindre, et coûte donc plus cher. Or, les marges bénéficiaires des papetières sont à leur plus bas depuis 20 ans, en raison d'une multitude de facteurs : prix du papier qui stagnent, hausse du dollar canadien qui rend les exportations moins profitables, difficile marché du bois d'?uvre (pour les entreprises intégrées) et coûts de production qui ne cessent de grimper.
Dans un tel contexte, à dépenses égales, les entreprises n'ont souvent d'autre choix que d'investir dans l'amélioration de leur production plutôt que dans l'efficacité énergétique. C'est pourquoi l'instauration éventuelle, par les deux gouvernements, d'un fonds de financement remboursable pour des projets d'efficacité énergétique apparaît tout à fait souhaitable. L'installation de nouvelles centrales de cogénération dans les usines viendrait également renforcer la position des sociétés. Des offres de production d'énergie de cogénération sont en attente d'approbation, auprès d'hydro-Québec et un projet de règlement pour encourager cette forme de production d'énergie devrait être accepté sous peu par le gouvernement du Québec.
L'industrie papetière est consciente de ses obligations en matière d'environnement. Qu'il s'agisse de réduire encore davantage ses émissions de gaz à effet de serre ou simplement de continuer à améliorer son efficacité énergétique (ce qui a souvent des incidences favorables sur les coûts de production), elle a l'intention d'aller de l'avant. Mais il reste peu de temps avant 2008, et l'objectif visé par la récente entente avec le gouvernement ne sera pas facile à atteindre. Il faudra voir quels seront les impacts sur la compétitivité des entreprises? et ajuster le tir en conséquence.
Performance environnementale: Un portrait de l'industrie papetière
L'industrie papetière québécoise : Publication d'un premier portrait environnemental